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 Tigre de Papier, by Constance et Edward

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MessageSujet: Tigre de Papier, by Constance et Edward   Mer 26 Avr - 0:04


Un Tigre de Papier
“  — Je suis une vieille femme ! La personne que tu prétends aimer est en réalité une vieille peau, une vieille carne qui se cache dans la peau d’une fille. “
Ransom Riggs, Hollow City




Je saisi un canif qui gît sur mon bureau, éventre l'enveloppe, de magnifique qualité, comme beaucoup des accessoires du futur-présent. Une feuille d’un papier parfait, lisse, fin, repose à l’intérieur, pliée, attendant sagement que je daigne l'ouvrir. Qui a bien pu m'écrire ? Ça fait bien des milliers de 3 septembre que je n’ai plus conversé, échangé, correspondu, avec les gens de l’extérieur. Et voilà que ce matin Miss Barn Owl, une jeune ombrune trentenaire venue du futur-présent m’apporte ce matin cette lettre. Une adresse inconnue est inscrite au dos, imprimée sans bavures, sans renfoncements, dans un papier autocollant, apposé sur le papier brun ; la nôtre, que peu connaissent au siècle prochain, figure de l'autre côté.
Je me saisi de la lettre en papier épais et la deplie.
Quelques mots, quelques lignes une formule laconique est inscrite au centre. L’impatience me dévore. Et soudain.
Un coup d'œil, et c'est le choc. Choc d’apprendre cette affreuse nouvelle. Choc d’y être confronté si brutalement. Choc de ne le savoir que maintenant, bien trop tard. Choc de tous ces espoirs brisés. Choc de tous ces torts jamais réparés, choc de l’histoire inachevée, choc de ce temps écoulé dans une autre temporalité. C’est le choc de ce brusque retour à la réalité après près d’un siècle de vécu dans une bulle. C’est cela, cette lettre renferme l'aiguille qui fait exploser la bulle.

“Nous avons l’immense tristesse de vous informer du décès de Madame Rachel Marlborough. Elle s’est éteinte ce vendredi 3 février… “

Et des formules de condoléances, des informations sordides, la date de l’enterrement révolu, des mots, des lettres, méticuleusement agencés sur ce papier au blanc trop blanc.

Marlborough, c’est le nom de son mari. Un certain John a ce qu’il me semble. Elle s’est mariée bien tard, en 1954. C'est aux alentours de cette époque que notre correspondance à cessé, qu’elle a trouvé en son foyer la consolation pour la mort de Samwell et Georges dans un bombardement, qu’elle a trouvé sérénité et amour.
Nous nous étions beaucoup écrit, mais je n’ai jamais pu me résoudre à lui raconter la vérité. J’ai prétendu bien des choses, beaucoup n'était que partiellement vraie. C'était avec un pincement au cœur que j'omettais des pans entiers de mon quotidien, ou que je les arrangeait pour qu’il semble plus normaux. Elle s’est rendu compte des incohérences dans mes lettres, se doutait que je lui cachait quelque chose, et notre correspondance s’est étouffée.  Bien des années plus tard elle m’a écrit pour m’annoncer le décès de Suzanne. Elle pouvait se réconforter dans sa famille, et je fus laissé à ma solitude.
Rachel… De dix mois ma sœur cadette, on a été complices toute notre jeunesse, jusqu'à que je sois retenu dans cette prison extra-temporelle. Nous avons rit dans les moments de joie, pleuré dans ceux plus difficiles, nous nous sommes amusés avec une légèreté insouciante, nous nous sommes disputés pour aussitôt nous réconcilier. Nous avons été l’un pour l'autre confidents, une épaule sur laquelle s’appuyer.  Rachel, elle était espiègle, mystérieuse, heureuse, avide d’aventure et d’inconnu. Et plus jeune que moi. La voilà décédée, et moi toujours coincé dans cette boucle.

Tout cela sur ce morceau de papier étincelant, marqué de ces lettres parfaitement ajustées, dans une enveloppe consciencieusement pliée. C’est une mort méticuleuse, chirurgicale.

La douleur m’envahit, l'abandon, et cet horrible sentiment de solitude, de profonde viduité. Il me faut fuir, partir.
Je quitte ma chambre, sors de la maison. Mes pas me mènent à travers champs et marécages au hameau de Cairnholm, jusqu'à la taverne. Théoriquement, mon tabassage en règle qui m’a conduit à la boucle n’a pas encore eu lieu, on ne me connais pas, mais je préfère tout de même éviter ce lieu, sachant de quoi sont capables ​les rustres qui s’y saoulent. J’entre dans une échoppe où se vendent​ toutes sortes de spiritueux, et achète, une, deux bouteilles ambrées, une flasque d’eau de vie. L'alcool, le moyen le plus sûr de quitter momentanément l'horreur de ce monde.

Mes pieds me mènent en dehors du village, en direction de la mer. Je déambule dans ce crépuscule macabre, je m’enfonce dans une obscurité grandissante qui envahit peu à peu le ciel, la terre, chaque fibre de mon être. Le chemin s'étire entre les crevasses, serpente sans fin, se perd dans ses méandres. Le sol tourne, vacille. Le sentier court le long de la falaise, s'y colle, flirt avec le vide. Au pied de ce plongeoir mortel, les hurlements des vagues brisées, déchirées. Le mur de roche tombe dans l'océan, s’y enfonce, masse morte, s’y noie, s’y efface. La mer froide​, puissante, agressive mais tellement protectrice, envoûtante, enivrante, attirante. Et si je glissais, je mourrai également ? Je mourrai en 1940 ou en 2017 ?
C’est maintenant moi qui flirt avec le vide, les cailloux crissent, tombent dans l'eau qui leur tend les bras, bien plus bas. Je ne sais pas où je suis, ça n'a plus rien d'un chemin. Je grimpe les roches, dévale les pentes. J'avance tant que le soleil daigne m’accorder un peu de sa lumière. La pluie tombe drue à présent, me glaçant jusqu'au tréfonds de mes âmes.
Mon pied bute sur un caillou, je trébuche. Une branche m'entaille le bras. Il est plus que temps pour moi de m'arrêter. Je m'assois sur un roc qui surmonte la mer. Le soleil s’en va mourir au loin, de l’autre côté de l’océan, inondant mon promontoire de lueurs orangées. Une petite goutte salée baigne le coin de mon œil. Elle perle, quitte son accroche, coule doucement le long de ma joue, se reforme à l'angle de ma mâchoire, s’en détache et va s'écraser sur une plaie zébrant mon bras, le sang se mêle à la larme, qui rougit, et continue son périple. La goutte rougeâtre s'échappe de la blessure et trace une traînée rouge sur ma peau, attirée par la gravité, s’en va jusqu'au pli de mon épiderme à hauteur de ma main appuyée sur un rocher, zigzague pour finir entre mes doigts. Elle a un temps d'arrêt, puis tombe, et s'écrase sur la pierre. Une goutte, une larme. J'ouvre une bouteille, un battement d'ailes se pose près de mon rocher. L’odeur de l’alcool.




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MessageSujet: Re: Tigre de Papier, by Constance et Edward   Sam 6 Mai - 22:42

Une boucle, pour être toujours praticable et vivable devait subir au moins une fois pas jour une traversée. Cette traversée, c'était le plus souvent Miss Barn Owl qui la faisait. Parfois pour quitter la boucle durant quelques jours et aller dans le présent, parfois simplement parce qu'elle devait le faire. Mais ce jour-là, elle passa voir le courrier déposé qu Priest Hole. C'était cette adresse que l'ombrune donnait lorsque des enfants d'une époque beaucoup plus moderne venait, ils pouvaient ainsi plus au moins communiquer avec leurs géniteurs. Cela avait l'effet de les rassurer, et de convaincre les parents naïfs que leurs enfants sont toujours... normaux. Ce matin là, il n'y avait qu'une lettre (bien que d'habitude il n'y ait rien du tout) et Constance la saisit avec délicatesse pour lire le nom. Mr Edward Brokenshield. Un particulier là bien avant qu'elle n'arrive, si elle avait bonne mémoire. Or, les plus anciens particuliers ne recevaient habituellement pas de lettre, pour la simple et bonne raison que leur entourage était mort de vieillesse depuis longtemps déjà. Préoccupée, Constance quitta le bar en saluant le propriétaire des lieux et en le remerciant, puis, en vérifiant que personne ne la suivait, elle regagna le Cairn, la grotte et enfin, la boucle. 


*****


Miss Barn Owl avait donné la lettre au jeune Edward (enfin, plus si jeune que ça) qui était ensuite retourné dans sa chambre pour l'ouvrir. L'ombrune avait regardé la stature du particulier disparaître dans le couloir, puis elle se retourna. Elle n'avait jamais su s'il était content d'être ici ou non. A vrai dire, elle ne connaissait de lui que ce que Miss Tit avait bien voulu lui dire. Et connaissant son emploi du temps de ces derniers mois : vraiment pas grand chose. Ce jeune Edward restait un secret silencieux et indéchiffrable. Elle ne le voyait pas beaucoup, ne l'entendait presque jamais, et en déduisait alors qu'il ne valait mieux pas l'embêter. Pas qu'il était dangereux, non parce qu'elle connaissait au moins son don, mais qu'il voulait être seul, sûrement. C'était bien les uniques choses que Constance avait déduit à son sujet, ne préférant pas trop s'avancer et faire des conclusions attives sur le jeune homme qui pourraient s'avérer totalement fausse. 
Pourtant, quand elle le vit sortir, le viasge défait, Constance s'inquiéta et décida de le suivre sans qu'il ne soit au courant. Il traversa la forêt pour aller au village. Edward entra dans une petite échoppe et Constance resta éloignée, dans une petite rue un peu plus loin, qui lui fournissait tout juste une assez bonne vue pour vérifier si le particulier sortait ou pas. Elle ne savait pas non plus s'il pouvait la reconnaître en la voyant, mais étant donné qu'elle avait donné elle-même sa lettre, il y avait forte chance pour qu'il ait au moins un vague souvenir de son visage. Donc elle préféra rester en retrait. Quand il ressortit finalement, Constance distingua entre ses mains deux bouteilles dont le liquide brillait d'une belle couleur ambrée. À cause de son choix de devenir une ombrune, elle n'avait jamais vraiment pu profiter de sa jeunesse et faire toutes les conneries qu'une adolescente pouvait faire. Non, elle avait eu des études importantes et peu de temps pour elle afin d'en arriver ici. Elle ne le regrettait pas, mais elle savait que certains vices lui échappaient, comme celui de boire outrance durant une soirée. Elle avait déjà touché l'alcool, oui, évidemment mais jamais avec excès. Par contre, elle n'aurait jamais cru qu'une de ses pupilles viennent chercher de l'alcool, justement. Ça lui paraissait être une chose... venant du présent. Mais... Miss Barn Owl secoua intérieurement la tête et constata avec surprise qu'elle avait perdu Edward de vue. Elle sortit de sa petite rue pour aller sur la grande place, une fois là elle tourna plusieurs fois - elle avait l'air maligne comme ça tiens - mais ne retrouva pas le jeune homme. Par où était-il parti putain ?
Constance apostropha la première personne qu'elle eut sous la main, lui demanda s'il n'avait pas vu une jeune homme pas très grand, brun, sortir avec deux bouteilles. Elle mentit brièvement en disant que c'était son cousin et qu'elle devait le retrouver, mais la réponse fut la même dans tous les cas : non il ne l'avait pas vu. Par désespoir de cause, elle sortit de la ville d'un pas décidé et dès qu'elle fut dans la forêt elle se transforma. Elle n'avait plus trop le choix : elle pourrait toujours le retrouver en volant. D'un puissant battement d'ailes, elle s'éleva dans le ciel, et fit rapidement le tour de la petite ville portuaire. Il n'était pas ici, alors elle décida de faire le tour des plages. Et effectivement, l'ombrune détecta bien plus vite le petit homme marcher bien proche de la falaise, qui menait aux plages, sur ses petites jambes. La chouette effraie se rapprocha un peu plus. Edward était désormais assis une grande pierre non loin du bord, il avait toujours ses bouteilles en main. Constance voyait ça d'un mauvais œil, mais comme elles n'étaient pas ouvertes, elle prit le temps de se déposer calmement et de se transformer pour ne pas l'effrayer et donc qu'il s'en aille. Elle redevint humaine tout aussi discrètement, à peine un bruissement de plumes.

Miss Barn Owl ne vit pas la larme qui heurta la surface de la pierre encore chaude pour l'humidifier. Elle ne se doutait pas non plus de la tristesse débordante de son jeune particulier pour la simple et bonne raison qu'elle n'avait pas lu la lettre. Néanmoins, elle s'avança, signalant sa présence d'une simple question, et déposa sa main sur l'épaule du garçon.

- Edward ? Tout va bien ?

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MessageSujet: Re: Tigre de Papier, by Constance et Edward   Jeu 11 Mai - 13:11


Tigre de Papier
” Par moi, vous pénétrez dans la cité des peines ;
par moi, vous pénétrez dans la douleur sans fin ;
par moi, vous pénétrez parmi la gent perdue.“
Dante, La Divine Comédie


Le vent souffle, frais, m’apportant les odeurs salines de l'océan, ébouriffant mes cheveux, s'engouffrant dans mes habits, caressant mon visage. Un battement d'ailes, un battement de cœur, une main se pose délicatement sur mon épaule, je frissonne, surpris, mais ne la repousse pas, car au contraire je veux m'y agripper, de peur de tomber dans le vide de mes tourments. Je dévisage l'arrivante, c’est Miss Barn Owl. Son don le plus grand est peut être sa capacité à mettre en confiance, à apaiser, de part sa présence et ses gestes anodins, comme maintenant, poser sa main sur mon épaule voûtée. Elle me demande, de sa voix chantante au syllabes polies par un charmant accent d’outre-Manche, une unique question​, quelques mots, qui pourraient être un simple échange de civilités, mais qui traduisent pourtant une réelle volonté d’aider. Car c’est de cela que j’ai besoin.

- Edward, tout va bien ?


J'essaie de masquer ma peine alors que ma gorge se noue violemment en une douleur aiguë par un sourire en coin, un masque grotesque qui veut exprimer l’ironie, affirmer que je maîtrise mon malheur apparent.
La réalité est bien différente, en fait je n’arrive même pas à exprimer, à définir clairement, objectivement mes sentiments, pourtant une tristesse profonde, naturelle et presque primitive,me comprime la poitrine. J’espère que l'alcool m’aidera à traduire ce que je ressens,  à recracher mon désespoir. Or, si je ne veux pas m’y noyer, je vais avoir besoin d’aide, de soutien, d’une bouée de sauvetage, d’une amitié salvatrice, quelqu'un qui traverse avec moi cette mer d’alcool, quelqu'un à qui je peux m'accrocher, me dévoiler. Constance s'est proposée, quitte à m'enivrer dans la peine, j’aimerais autant que ce soit avec elle à mes côtés. Je ne le connais pas si bien mais pourtant… pourtant sa gentillesse naturelle, sa douceur immense cachée dans des vêtements tout de cuir noir, sa parfaite maîtrise de soi, inspirent la confiance. Il me semble cependant qu’elle n’a pas conscience que pour entamer cette traversée, il va falloir que l’on sacrifie nos habitudes, notre clarté d'esprit, nos apparences, pour plonger au plus profond de soi, et mettre à nu notre vrai personnalité.

- Tu es née presque un demi-siècle après moi, tu es une femme, une ombrune, qui a toujours accepté ses dons, qui a vécu plus ou moins heureuse, qui s’est adaptée à la vie dans une boucle. Tu manipules le temps, pour toi chaque jour qui se reproduit à l’identique est différent. Tout est ordonné, tu maîtrises ta vie, chaque chose est à sa place dans ton monde. C’est tout à ton honneur, je te respecte pour cela, je t'admire même, crois moi, mais tu ne peux pas, non tu ne peux pas comprendre.

Des trois bouteilles posées à mes pieds, je choisis l’eau de vie. J’attrape le flacon, joue avec nerveusement, le fait passer d’une main à l'autre. Je m'étonne de mon franc-parler, moi qui suis d’ordinaire réservé.

- Ma vie a perdu tout organisation, tout sens, il y a bien longtemps de cela, elle a quitté son cours lorsque je suis venu ici, hors du temps. Non, c’est dur, triste, ça ne va pas. Tu sais, si tu tiens à m'aider, il va falloir me faire une faveur, il va falloir introduire un peu de chaos dans ta vie, il va falloir que tu te laisses aller à la boisson.

J'ouvre, une sublime odeur de poire s'échappe du cou de la flasque ; je me rends lentement compte de ce que j'ai dit. Il est trop tard pour faire demi-tour, et j’en ai d’ailleurs pas l’envie. Je tente d’adoucir mon propos, sa gravité m’effraie, il doit également en être ainsi pour la​ jeune femme.

- Et puis je crois que tu as eu une jeunesse bien sage, il faut bien qu’un jour ou l’autre tu tentes une escapade hors de la douce routine de la vie, vers l'attirante amertume de l’alcool. Constance.

Prononcer son prénom me sonne presque comme de l’effronterie, malgré tout ce que j’ai osé dire plus tôt. Mais le roulement de ces sons dans mon palais me plaît, il me redonne confiance en créant une forme d'intimité, certes bien faible, avec la personne à qui je parle. Se nom résonne dans l'écho de ma pensée. Je prends le temps de la regarder, sans pour autant vouloir être désobligeant, au contraire j’essaie de transmettre ce que j’ai de douceur en moi dans cette caresse visuelle. Des cheveux d'un noir profond encadrent son visage joyeusement anguleux. Elle est plus grande que moi.
Je porte le goulot à mes lèvres, goute à la liqueur, lance ma tête en arrière pour libérer tout l’alcool dans mon œsophage. Le feu liquide irrite ma gorge, brûle mon gosier, s’infiltre insidieusement dans mon corps. La sensation accompagne immédiatement l'amertume sucrée du breuvage, une douleur à l’arrière du crâne, un sentiment d'amortissement, de détachement du corps.
J’essuie le goulot d’un revers de manche et tends le nectar à la jeune ombrune.
Il y a un charme certain à l’imperfection, d'aucuns diront même que ce sont les aspérités qui font la beauté. Constance incarne une certaine perfection diaphane, l’inviter à boire c'est nuancer cette lumière en autant de teintes de blanc, pour permettre à quelque chose de plus beau encore de s’exprimer.

Un silence mutuel nous permet de nous imprégner des bruits qui nous entourent,  bruits de vagues, de mouettes et autres oiseaux, bruits de rongeurs dans les bosquets, d’insectes qui virevoltent, de l'alcool que l’on boit. C’est près d’un demi-litre de whisky que j’avale dans ce calme qui appelle ma peine.
L’alcool commence doucement à faire effet sur mes perceptions, j’ai l'impression que certains de mes sens s’aiguisent alors que d’autres s'émoussent. Il est temps de s’exprimer, de s'épancher.

- C'est une annonce de décès, la lettre qu’on m’a envoyé. Nous avions moins d’un an de différence avant que j'entre dans la boucle. Elle a vieillit, fondé une famille, a vécu, quand moi je stagnais ici. Rachel, ma sœur cadette, était ma dernière famille, même si cela fait bien longtemps qu’elle avait porté mon deuil. Et voilà qu’en une seule lettre, elle est morte. Rachel est morte.

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MessageSujet: Re: Tigre de Papier, by Constance et Edward   Ven 26 Mai - 22:25

Miss Barn Owl s'assit sur le rocher, pas trop loin, mais pas non plus trop proche d'Edward, au cas où il désirerait être seul et que donc sa présence serait mal vue. Pourtant... Cela ne se déroula pas de la sorte, et elle constata la ligne brillante qui avait scindé la joue du jeune homme en deux. Ses yeux brillaient ; l'origine de la coupure. Ainsi, les nouvelles de la lettre était si mauvaise ..? Elle s'en était doutée, sans pourtant en être certaine. Mais la situation semblait aller dans ce sens, et Contance se retrouva dépourvue d'arme face à la douleur débordante de sa pupille.  Que faire ? Que dire ? Elle se mordit la lèvre, à la fois inquiète et pantelante. Chaque personne avait besoin de mots différents, des mots tournés dans un certain sens et d'une certaine manière qui pouvaient alors apaiser le coeur déchiré par la puissance des sentiments humains. Ces mots, ils venaient naturellement lorsque l'on connaissait la personne. Elle ne savait que son prénom. Alors comment faire ? Et si ses paroles le blessaient ? S'ils appuyaient un peu plus profondément sur la plaie qui s'était ouverte à cause du présent ? L'ombrune serra les dents, et fixant la surface mouvante et scintillante de l'océan. Le soleil s'était dédoublé, il était entrain de recolorer le ciel avec chaleur. Au dessus d'eux, les étoiles commençaient à renaître de leur jour passé, accompagnées de leur berger : Miss Lune. Les étoiles étaient elles-aussi des particuliers dont le don était de briller, d'illuminer l'obscurité de l'espace, de notre univers. Constance en prit conscience. Les enfants de cette boucle, elle les voyait de la même façon : chacun était un astre lumineux, et chacun créait sa propre lueur. C'était justement son rôle d'empêcher ces lueurs de disparaître, de les protéger de tous les dangers, y comprit d'eux mêmes. Elle décida alors écouter, d'être une oreille attentive et rassurante. Ainsi, elle pourrait l'épauler tant bien que mal s'il estimait avait besoin d'elle, elle accomplirait la tâche qu'elle avait accepté il y a déjà longtemps.

- Tu es née presque un demi-siècle après moi, tu es une femme, une ombrune, qui a toujours accepté ses dons, qui a vécu plus ou moins heureuse, qui s’est adaptée à la vie dans une boucle. Tu manipules le temps, pour toi chaque jour qui se reproduit à l’identique est différent. Tout est ordonné, tu maîtrises ta vie, chaque chose est à sa place dans ton monde. C’est tout à ton honneur, je te respecte pour cela, je t'admire même, crois moi, mais tu ne peux pas, non tu ne peux pas comprendre, commença-t-il.

Rien n'était ordonné dans sa vie, et elle ne maîtrisait rien non plus, à son plus grand dam. Certes, elle avait main mise sur la répétition de la boucle, mais n'était-ce pas là l'essence même de son don ? Quelle ombrune serait-elle si elle ne savait pas faire ça ? Non non, les estres leur menaient la vie impossible. Si chaque chose était à sa place, alors Constance finirait tranquillement ses études d'Oiseau et aurait créé sa propre boucle en France d'ici quelques années. Au lieu de cela, elle partageait cette petite île avec Miss Tit, afin de l'aider car celle-ci se retrouvait surchargée de travail et devait effectuer de nombreux déplacements. Ce n'était pas possible de faire ces dits déplacements et de diriger sa boucle. Miss Barn Owl n'était qu'une ombrune de substitution. Même pas une véritable ombrune. Elle se garda bien de commenter ce sujet - d'ailleurs hors propos - et assez inutile, on peut le dire. Elle n'était pas là pour parler d'elle, quoi que, le ton du jeune homme semblait insinuer une ouverture d'esprit commune et partagée. Mais elle ne saisissait pas encore le sens du "tu ne peux pas comprendre". Comprendre quoi, au juste ? Elle était perplexe, mais n'osa pas ouvrir la bouche pour demander. Non, le particulier avait de nouveau élevé sa voix pour qu'elle puisse l'entendre.

- Ma vie a perdu tout organisation, tout sens, il y a bien longtemps de cela, elle a quitté son cours lorsque je suis venu ici, hors du temps. Non, c’est dur, triste, ça ne va pas. Tu sais, si tu tiens à m'aider, il va falloir me faire une faveur, il va falloir introduire un peu de chaos dans ta vie, il va falloir que tu te laisses aller à la boisson.

Introduire du chaos dans sa vie. Il ne savait pas, il ne savait pas à quel point Constance se sentait seule ici. Elle avait beau être entourée d'enfants qui l'adoraient, à qui pouvait-elle parler ? Avec qui pouvait-elle être insouciante et se détendre ..? Elle qui rêvait du beau et grand prince charmant même à ses quinze ans... Elle n'avait jamais croisé d'ombrune mariée, d'ombrune aimant un homme, tout leur amour envoyé vers leurs pupilles, sûrement. Les rêves de Constance s'étaient brisés, ceux d'être reconnue pour ses compétences, ceux d'être aimée. Pas l'amour d'un enfant pour sa mère, ce qu'elle voulait c'était l'amour d'un homme pour sa femme. L'ombrune voulait sentir ce doux sentiment brûler dans sa poitrine en le voyant, elle voulait voir ce sourire qui la ferait chavirer. Elle voulait entendre sa voix suave qui la rassurerait, lui murmurerait des mots doux en lui assurant un lendemain meilleur. Elle voulait sentir ses mains lui caresser la joue et sécher les larmes qu'elle laissait si rarement couler. Mais ce figurant n'existait pas, non. Constance ne l'avait jamais rencontré, et quelles étaient les chances qu'elle le rencontre, maintenant qu'elle passait le plus clair de son temps dans les boucles ? Elle voulait avoir une personne de confiance, être écoutée, elle voulait... Elle était si seule dans son coeur qu'elle entendait le vide de ses sentiments lorsqu'il frappait contre sa cage thoracique. Le chaos... Elle l'avait déjà, elle le tenait d'elle même, sauf que personne ne le savait, personne ne le voyait, et évidemment : Constance ne montrait jamais rien de ses propres pensées, alors comment pourraient-ils ? Mais cela ne changeait rien, ces pensées, ces rêves, ces sentiments étaient toujours là, avec la rétractation de son coeur aussi, quand elle se mettait à y penser.
Sans s'en rendre compte, Edawrd avait ébréché l'armure de Constance, il l'avait rendue vulnérable. Elle mit du temps à se ressaisir et à installer un visage de marbre qu'elle ne portait uniquement lorsqu'elle devait disputer une de ses pupilles à contre coeur.

- Et puis je crois que tu as eu une jeunesse bien sage, il faut bien qu’un jour ou l’autre tu tentes une escapade hors de la douce routine de la vie, vers l'attirante amertume de l’alcool. Constance.

Quelle jeunesse ? Le jour où j'ai accepté de suivre Miss Magpie j'ai perdu tout le contrôle de ma vie. On m'a noyée dans des livres, tellement de livres, du savoir inattendu, on m'a à tout jamais fermée les portes d'une autre vie. Je n'avais jamais imaginé mon futur de la sorte, je pensais que ce don... N'était qu'une dégénérescence de la race humaine, une mutation de nos gênes pour subsister malgré le crible de la nature. Jamais je n'aurais pu imaginer ce que se cachait, ce monde subaquatique qui en découlait, pensa-t-elle avec lassitude. De nouveau elle ne le montra pas. Mais la bouteille d'alcool que tenait l'adolescent en sa possession ne lui avait jamais parue aussi attirante qu'en cet instant. Elle la saisit, la dévisagea un instant, puis trinqua toute seule à ses espoirs éviscérés, à ses rêves de jeunesse anéantis, à l'homme qu'elle aurait pu aimé mais qu'elle ne rencontrerait jamais. Elle trinqua à sa solitude, à sa déréliction.
Constance but, une gorgée puis une deuxième, sans plus se demander si c'était mal ou non. Son regard se teinta d'un immense regret qui disparut presque aussitôt.

- C'est une annonce de décès, la lettre qu’on m’a envoyé. Nous avions moins d’un an de différence avant que j'entre dans la boucle. Elle a vieillit, fondé une famille, a vécu, quand moi je stagnais ici. Rachel, ma sœur cadette, était ma dernière famille, même si cela fait bien longtemps qu’elle avait porté mon deuil. Et voilà qu’en une seule lettre, elle est morte. Rachel est morte.

Le regard grave, Constance hocha lentement la tête, et fixa les vaguelettes qui venaient mourir sur les rochers. C'était à elle de répondre, désormais, elle en avait conscience. Elle s'était tue jusque ici, pour laisser couler les sentiments d'Edward, pour qu'ils s'échouent à leur tour sur les pierres de la falaise, détruits par la puissance de l'impact puis perdus dans l'immensité du monde.

- Nous naissons sans aucune organisation, et nous mourrons sans organisation. Je ne vois pas pourquoi la vie en aurait une. Les chemins se croisent, se séparent, ou ne se rencontrent jamais, c'est ainsi. On peut rater l'instant de notre vie à quelques secondes près et finir malheureux, sans savoir que si nous avions attendu, nous serions finalement des plus heureux. Rachel a continué sa vie, parce que rien ne l'en empêchait, elle a sûrement été heureuse, tu sais. Mais vos deux vies étaient trop différentes. Tu subis la vie de particuliers, comme beaucoup d'autres, et tu laisses les tiens parce que vos deux mondes ne sont pas les mêmes. Mais certains retrouvent une certaine forme de famille parmi les enfants qui habitent avec eux.

Elle fit une pause, chercha ses mots.

- Dans la mort, on se retrouve tous au même endroit, particulier ou humain. Quoi qu'il advienne, elle n'est morte qu'ici, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne vit pas ailleurs, qu'elle ne t'attend pas ailleurs. 

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« A l'heure où j'écris ces mots la nuit a tué le jour,
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MessageSujet: Re: Tigre de Papier, by Constance et Edward   Mer 7 Juin - 23:05


Tigre De Papier
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Des arbres grimpaient de chaque côté,
des pins et des épicéas qui penchaient
au-dessus de la pointe des rochers nus
– des épicéas jumeaux qui encadraient
la plage en demi-lune balayée par les vagues.



Encore une longue gorgée d’alcool, je prends le temps de l’assimiler, avec les paroles de Constance.
Elle prétend que l’on vit sans organisation. C’est l'état dans lequel je stagne aujourd'hui, et je n’en suis pas heureux, j’ai toujours aspiré à une vie où chaque chose serait à sa place, ou le temps s'écoulerait naturellement ; j’aimais penser que le désordre n’est qu’une période passagère. Pourtant, la mort de Rachel m’a percuté de plein fouet, m'éloignant de la morne routine quotidienne pour m’obliger à prendre du recul, à réfléchir sur les décénies que j’ai passé loin d’elle. Depuis l’an 1941, le temps s’est écoulé, les heures se sont égrainées, et ce malgré la répétition éternelle de la journée dans laquelle je vis, sans pour autant que je ne fasse grand chose.

Pourtant, malgré cette prise de conscience, les mots de Constance me réconfortent. Rachel a vécu longtemps, elle a été heureuse, elle a eu la vie que ma particularité, mon handicap, m’a interdit d’avoir. Il est vrai que ma sœur a vécu des années difficiles pendant la guerre, chez les Flecto ; c’est à cette période que nos deux frères ont trouvé la mort, l’un sous les balles, l’autre sous les bombes, l’un au front, l'autre dans sa chambre. Une fois le deuil et la guerre finis, elle est retournée vivre chez nos parents, m’a supplié d’en faire de même ; le danger que représentait les Estres m’en avait empêché. Moins d’une décennie après la défaite allemande elle a fondé un foyer. Elle a été mariée, a porté sur ses genoux ses enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants.

Je n’ai pas le droit d’être triste aujourd'hui pour l'hypothétique vie que je n’ai pas eu, mais uniquement de pleurer la mort de Rachel. Une mort qui semble être le repos mérité après​ le travail acharné nécessaire pour une vie heureuse. Ma sœur s’est battue, à sa façon.

Je me lève, me tiens droit face à la mer en furie, fixe l'horizon. Un vent au senteurs d’iode me caresse la peau, rafraîchi mon corps échauffé par l’alcool. Je retire mon manteau, le pose au sol, entre deux rochers, me rassois, plus proche encore du vide au-dessus de l’écume, au cœur d’un renfoncement naturel dans le roc, d’une cavité protectrice, d’un espace assez large pour accueillir quelques amis, entouré par de massifs rochers.

Miss Barn Owl prétend qu’on peut rater l’instant qui ferait basculer notre histoire, lui en tout cas ne m’a pas raté, depuis mon arrivée sur l'île, mon univers a changé. Pourtant je vis malheureux… Mais qu’ai-je fais pour ne pas l’être ? Constance à raison, je ne suis pas seul, nous sommes une communauté, pourtant j’ai souvent fuit la moindre compagnie alors que cela suffit parfois à enlever un lourd fardeau, la simple présence de la jeune ombrune m’est déjà d’un grand réconfort. Je lui tends la main, selon les usages des années quarante, et l'invite à prendre place au coeur de la pierre.

- Rachel est bel et bien morte, et je le lui souhaite. Vivre éternellement, comme ce que l’on fait dans les boucle, n’est qu’une longue agonie. Si elle a été heureuse dans sa vie, il est naturel qu’elle se soit éclipsée du monde.

Mes mots sont durs, ils appellent presque à la mort. J’ai vécu des dizaines de décennies, plus d’un siècle, je ne serai pas capable de continuer ainsi encore longtemps. La boucle pourrait me maintenir en vie éternellement, or je n’y aspire pas. Mon regard glisse le long des murs de l’à-pic, s'écrase sur les rochers, tombe dans l'océan, se noie dans les remous blanc d’écume.
Chaque chose en son temps, celui de quitter ce monde n’est pas encore venu.

J'inspire profondément, le paysage se floute, la pression dans mon crâne ne fait qu’augmenter. Je bois une gorgée de plus, attends un peu. La boisson a le don de rendre les sentiments contagieux. La jeune ombrune semble légèrement amer, elle qui bat des ailes, oiseau, femme, errant, survolant allègrement la mer, quand bon lui semble. La sérénité qui habituellement habille son visage l’a quitté, son port est un peu moins altier.

- Bois, n’hésite pas. Ce qui repousse dans l’alcool, c’est la bassesse qui accompagne l'ivresse, mais cette impureté, c’est la nôtre. L’alcool est le meilleur moyen de se connaître soi-même, de faire tomber les faux-semblants dont on vêtit notre personnalité aux yeux du monde et aux nôtres.

Je joins l’acte à la parole, et ingurgite le restant de liquide ambré que contenait ma bouteille. J’ai l’impression de plonger progressivement dans une sorte de lucidité luisante, sachant pourtant que celle-ci est bien subjective.

- Constance, maintenant que tu t’es blotie dans les bras chaleureux de l’alcool, tu peux laisser libre cours à ta nature et déployer tes ailes, danser entre les courants, mais si tu le veux, libère ta parole, libère toi, ais confiance.

Et alors que nous vivons ainsi nos vies éphémères sur ce petit bout de terre perdu dans l’océan, les cieux s’animent. Un bourdonnement étranger emplit l’espace, faiblard d'abord, il s’accentue bientôt, s'intensifie, en devient presque tactile. Ce grondement continu accompagne bien vite la tombée de l’obscur voile nocturne, brodé de son armée de constellations. Bientôt, l’astre lunaire de luire, de se pavaner dans sa robe de nuit, de danser au pas du roulement de tambour aérien. Et de cette toile tissée de pénombre et de bruit, tendue entre les nuages, s’extraient d’énormes oiseaux de fer, aux ailes membraneuses, à la tête translucide, au corps longiligne, marqué d’une croix obscure. Ils fondent vilement sur leur proie, ils hurlent leur cri mécanique, augurant le feu et le sang, la mort et destruction, aussitôt le chant repoussant des sirènes, long mugissement d’agonie, vagissement ne laissant personne indifférent, leur répond, la complainte se joint à la marche martiale, s'y mêle en un orchestre chtonien et dissonant. Déchirant la nuit, le cortège des monstres volants masque progressivement les étoiles de ses ailes de métal, et l'obscurité de ses multiples yeux brulants d’un brasier électrique, engloutissant Gaïa de ses ombres inquiétantes.

- Car certains oiseaux ont les mêmes bassesses que les êtres humains.





Edward S. Brokenshield



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"Il n'est pas nécessaire d'avoir fait quelque chose pour mourir. "
Albert Camus, Caligula

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