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 Edward Brokenshield [Terminée]

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MessageSujet: Edward Brokenshield [Terminée]   Ven 21 Avr - 7:15












NOM
PRÉNOM
GE RÉEL
GE PHYSIQUE
SEXE
NATIONALITÉ
PARTICULARITÉ

Brokenshield
Edward Spencer
104 ans (en 2017)
16 ans
Masculin
Britannique
Autoguérison


MENTALITÉ

A Peculiar Behaviour…


Ça ne va pas fort pour Edward Brokenshield… Il est dépressif voire suicidaire , et puis sérieusement alcoolique .
Ed est malgré tout combatif et très attaché aux valeurs de fidélité envers ses proches et camarades. Malgré son enfermement sur soi il est prêt à aider ceux qui lui sont chers, et ceux même au prix de grands sacrifice (et d'une bouteille de whisky). Il est également raisonnable lorsqu'il s’agit d'échafauder un plan et ne fonce pas tête baissée. De plus, Ed aime relever des défis .
En d’autres conditions, il peut faire preuve d’un flegme bien anglais.
Il fut d’ailleurs un temps où celui-ci était joviale , aimant envers sa fiancée et sa famille. Mais toute cette gaieté et joie de vivre l’a quitté depuis que *spoilers !!! lis le texte à ma droite pour en savoir plus sur moi ! *


BIOGRAPHIE

A Peculiar Story…


La douleur est lancinante. Horrible, envahissante. Tactile même, oppressante. Comme un poids qui comprimerait la base de mon crâne, qui opprimerait mon cerveau. Mon ventre me semble déchiqueté par des milliers de tessons de verre, mes muscles me paraissent atrophiés. J’ai trop bu, indéniablement.
Les sécheresse de mes yeux irrités m’incite les ouvrir. Une puissante lumière diaphane m’irradie, le monde est blanc, lumineusement blanc. Je les referme immédiatement. J'aurai voulu pleurer, calmer cette douleur sèche. Difficilement, je lève un bras, lui aussi picote, des milliers de moustiques me l’auraient-ils dévoré ? Ou peut-être est-il resté trop longtemps écrasé sous le reste de mon corps affalé. Gauchement, je me frotte les yeux du poing, rien n’y fait. C’est confortable d’être couché. Je sombre dans une profonde torpeur.

Mes paupières s'écartent subitement, j’aurai juré qu’elles étaient en papier de verre tant le frottement avec les globes oculaires est douloureux. De nouveau cette étrange lueur pâle. Je m’efforce à regarder et soulève mon buste, on réfléchit mieux assis. En quelque clignements de cils la blancheur devient monde, le monde reprend forme, les formes se teintent de couleurs, les couleurs appellent la vie, la vie s'engouffre en moi.
Un serpent de corde effiloché repose enroulé sous moi, son corps court sur des plaques de bétons gris malveillant, puis finit sa course attaché à une bite d’amarrage métallique. La grossière​ peinture noire qui l’enduit semble être un monstre visqueux qui l’aurait avalé. Je crois qu’il ne m’aime pas.
Je me lève, déséquilibré, titube un peu. Je me trouve sur une longue jetée de planches de bois noircies, pourries par l'écume, qui s’avance dans une mer au roulis menaçant.
Le rythme de celui-ci évoque le  battement de coeur d’un énorme monstre chtonien, caché dans les profondeurs abyssales.

Un souvenir émerge brusquement de mon esprit embrumé, un souvenir figé, presque une photographie mais en bien plus réaliste. Je vois un cadavre géant échoué au fond de l’eau, vert d’algue. Son museau infiniment long pointe vers la surface, plus loin on distingue un renflement, cubique. Des verrues de toutes formes défigurent cette vision effrayante, certaines sont paraboliques, d’autres évoquent des parallélépipèdes, d’autres encore sont de forme cylindrique, allongées. Les canots sont encore accrochés au flanc de la bête, greffe qui aurait dû être éphémère ; ils ne sauvèrent pas les fourmis humaines qui s’activaient un jour sur ce monstre couleur métal. Cette réminiscence a l'odeur de l’alcool, est-ce donc ce que j'ai vu hier ?

Mon regard quitte le passé et retrouve le présent. Une brume épaisse s’approche de l'océan, elle recouvre les silhouettes disgracieuses de bateaux arrimées dans ce petit port. Je me retourne, me voilà dos à la mer. Une végétation flasque recouvre des rochers affreusement lisses. Un chemin de terre maladroitement parsemé de cailloux rouges, blancs, noirs, se dirige vers un hameau peu accueillant. Les bâtisses de pierre côtoient celles aux murs soutenues de colombage. Il s’en trouve qui se collent les unes aux autres, empiètent sur les rues boueuses, mais également qui se tiennent à l'écart. Certaines sont petites, rabougries, crochues, à la peinture écaillée, aux portes de bois usé. D’autres s'imposent, grandes, élancées, pointues, aiguisées, avec des fenêtres de toits en croupe, crasseuses, surmontées d’aiguilles de métal obscures.

Où suis-je ?

La douleur me tenaille le ventre, une odeur de vomi atteint mes narines. Je baisse les yeux, des flaques jaunâtres s’incrustent dans le sol. Mon portefeuille de toile épaisse gît, humide d'eau de mer. Je m’accroupis maladroitement, échappe de justesse à une chute, et le récupère. On m’a volé l’argent… mes maigres économies. Instinctivement ma main se porte à mon  veston, il y a toujours un petit renflement là où le reste de mon argent est dissimulé. J’écarte les coutures et retire quelques billets.
Mes doigts tremblent en fouillant les poches du portefeuille. Ils s'arrêtent sur une feuille douce au toucher, l’en extrait. C’est une photographie, prise à un mariage.

Clemmie. Elle est ravissante. Un sourire éclaire son visage, ses beaux yeux mystérieux pétillent d’intelligence, ses lèvres maquillées s’étirent en un merveilleux sourire espiègle, son nez grec lui confère une beauté antique, ses cheveux noir de jais bouclent dans le creu de son cou, sur ses épaules et le long de son dos. Vêtue d'une robe moderne de couleur vive, coupée au dessous des genoux, elle respire la jeunesse. Elle a l’avenir devant elle. Clémentine, nous devions nous fiancer. D'aucuns nous jugeaient trop jeunes, mes amis riaient de nous, mais nous nous aimions. Depuis tout petits Clemmie et moi nous nous connaissions, d’abord amis, puis distants, et enfin amoureux. Nous étions promis l’un à l’autre, les fiançailles devaient avoir lieu à mes seize ans. Nos parents respectifs voyaient cette union d’un très bon œil, et Clemmie était déjà un membre de ma famille, s'occupant aux tâche ménagères ou à la cuisine, organisant un goûter ou s'occupant de mes petits frères Samwell et George avec ma mère, ou Suzanne et Rachel, mes sœurs. Clemmie. Elle est décédée d’une maladie foudroyante un mois après le mariage de sa sœur. J’avais quinze ans.

Suzanne, Rachel, Samwell et George, où sont-ils en ce moment ?
Sue, notre aînée, habite à Londres, à quelques rues de mes parents, mariée depuis peu. La guerre a éclaté, les insulaires britanniques vivent dans la peur et l'angoisse. Leur armée à été tournée en déroute sur le sol français, laissant derrière elle une traînée de cadavres. Nombreux sont ceux qui ont fait quitter la Capitale à leur progéniture plus que jamais inquiétés. Nous faisons partie de ces exilés. Samwell, dont le jumeaux William est mort il y a cinq ans d’une grippe, ainsi que George, le petit dernier - Alice, qui est née il y a près de deux ans n’a pas vécu un seul printemps - logent chez notre tante à Carmarthen, tandis que Rachel et moi avons été envoyés chez de parfaits inconnus, les Flecto, une maison isolée dans un coin déserté du pays de Galles.
Leurs spectres se dessinent dans mon esprit. Lui avec son visage ridé, ses yeux globuleux, ses épais sourcils gris et son imposante tonsure de cheveux indomptés, elle avec sa peau parcheminée, ses joues creuses, ses dents jaunies par le tabac. Je ne sais pour quelle raison ils nous hébergent, mais ils ne sont certainement pas agréables. À vrai dire, ils sont odieux. Rachel est contrainte à passer son temps aux tâches ménagères, sous la direction d’une vieille gouvernante à l'embonpoint formidable. Toute joie de vivre l’a quitté. Elle qui été autrefois tellement joviale, toujours à trouver le mot pour rire, à voir le bon côté des choses, inonde maintenant de pleurs son dur matelas chaque nuit.
Quant à moi… J’ai toujours très bien tenu l’alcool. Mes copains me défiaient souvent à boire des quantités impressionnantes de toutes sortes de tord-boyaux, et j’ai presque toujours tenu les paris. Rachel, avec qui je fus extrêmement complice, est la seule membre de la famille à être au courant de ces exploits ; elle affirmait, espiègle, que si Shakespeare avait raison lorsqu’il affirmait que l’Anglais bois avec facilité le Danois et l’Allemand ivres morts, fait vomir le Hollandais, qu’il a encore un autre verre à remplir(1), et bien moi je buvais tous les Anglais avec facilité, et par la même le monde entier.
Pourtant cette simple capacité est devenue un vice une fois notre établissement chez les Flecto. J’ai, le soir tombé, filé en douce plus d’une fois, dilapident mes économies ou l’argent donné par ma mère en bières​, whiskies​, liqueurs et autres brandys​. Une véritable accoutumance. Un alcoolique.

La mémoire me revient par tableaux figés.

Une porte ouverte, donnant sur la cave des Flecto. Tant de bouteilles alignées en cette période de pénurie. Du vin, des liqueurs, des eaux de vies, rangées en bon ordre, brillantes sous la lumière électrique. Et ces bouteilles ambrées Johnnie Walker Swing, en forme de gouttes, recelant un précieux nectar, un merveilleux​ blended scotch.

Une allée vide, bordée d’églantiers, au sein d’une campagne déserte. La nuit tombée, le chant des oiseaux nocturne, le battement d'ailes des papillons de nuit. Le goût du whisky qui s'écoule dans mon gosier, la sensations d’abandon qui s’empare de mon être.

Minuscule, un embarcadère ouvre l’accès à un petit port où mouillent quelques esquifs et autres voiles. Une nouvelle lampée d'alcool qui me plonge plus profondément encore dans une torpeur éveillée. Ma vue qui se floute, s’obscurcit, se restreint.

Un bateau de pêche couleur rouille, ballotté. La proue allongée, un pont encombré, un mât qui se dresse haut dans la nuit. La voile est repliée, le vent joue dans la toile. Une cabine exiguë, une minable bouée. La peinture est écaillée, les amarres​ nouées, agrippant le continent.

Un matelot qui saisit les billets que je lui tend. Des cheveux marrons, une saleté repoussante, au menton tout couvert de poils blancs et hirsutes, aux yeux fixes et ardents ; un manteau sordide, retenu par un nœud, pend de ses épaules(2).

“ Toi qui traverse l’océan, abandonne toute félicité “. Je vois cette maxime, gravée dans le bois, inscrite sur la porte de la cabine, et moi, de dire : “ L’ami, le sens de ces mots paraît terrible et difficile” .(3)

L'océan à perte de vue. Les étoiles dans le ciel. Le vent dans la voile. Une étendue d’eau immense autour de celle-ci. La houle qui la berce.  Une vague scélérate. Une quantité d’alcool immense dans mon corps.

De nouveau cette vision de l’épave d’un cuirassé. Mastodonte massacré, monstre mort. Le pont pointant la surface, les ancres engluées d'algues. Les canons inactifs, les tourelles inhumées, les macabres canots de sauvetages. Inutiles.

Le bateau tangue. La houle le malmène. Les vagues le secouent. Le roulis le ballotte. Une longue gorgée​ de blended scotch. Un malaise grandissant.  La nausée. Mon estomac se révolte. Je ferme les yeux. Je m'agrippe.

Les cris des mouettes, leur vol gracieux. Le chant des  vagues. Une île à l’horizon. Des collines, des rochers, une saillie. Des falaises, un escarpement. Un monolithe. L'écume. Murmure. Bourdonnement.  Écho. Son. Bruit. Grondement. Fracas. Raffut. Clameur. Tumulte. Vacarme.

Ainsi donc, j’ai, saoul, fugué, je me suis fait volé l’argent quand je ne l’ai pas dépensé inutilement, je me suis embarqué pour une destination inconnue.  J’ai abandonné Rachel.
La culpabilité me ronge l'estomac, autant que l’alcool.

Je me dirige vers le hameau, un panneau brunâtre, rouillé et bancal, indique Cairnholm. Juste au dessous à été  gravée l’inscription suivante : “Wot, no sugar ?”, mais étrangement le dernier à été barré, et à côté, un autre mot le remplace : “soul”.(4)
Un chien sale me lance un regard méfiant, un chat fauve hérisse ses poils. Les villageois, avec leurs grises casquettes et leur longs manteaux déambulent entre de vieilles calèches, trainées par des cheveux massifs au poil bai. Nouées à de larges poteaux, des cordes tendues, usées, en jupes souillées, rapiécées, les villageoises retirent leur linge, un bonnet sur la tête. Des enfants courent pieds nus sur le sol boueux, se chamaillent, se querellent, en salopette déchirée. D’autres, sur un muret, testent leur équilibre, un garçon tombe. Les couleurs des sont analogues, marron brun, noir.

Il me faut quelque chose à manger, quelque chose à boire.
Mes pas me mènent à la porte d’un pub corpulent. Ses murs épais de pierres blanches mal taillées s'élèvent sur deux étages, carapace de granite ; des moisissures envahissent les espaces libres, l'humidité noircit la roche, maculant le corps de l'établissement. Un toit trop pentu chapeaute le tout, lui-même recouvert de dents d’ardoise émoussés tapissées de lichens. Des lucarnes pignons et des fenêtres en croupes s'échappent de cet escarpement, dévisageant les passants, surmontées de charpentes en angles aigus, sourcils de bois. Une tour de pierre noire arrogante me toise du haut de la pointe s'échappant de l'excroissance d'ardoise pointue la surmontant.
Deux petites fenêtres rectangulaires percent la façade, les vitres sont tellement sales qu’il m'est difficile d’apercevoir clairement l'intérieur : je ne discerne que des formes distordues, aux mouvements saugrenus, aux membres démesurés. L’entrée ne semble pas faire partie du bâtiment même, elle est encastré dans une extension cubique accolée au mur, énorme verrue rejetée par la maison.  Une pancarte délavée annonce un nom macabre : the Priest Hole, le Trou du Prêtre. Un nom sinistre.

Je pousse la porte, aussitôt le tumulte du lieu envahit mon crâne encore endolori. Cris, rires, grognements. Je ferme les yeux un instant. Les voix résonnent dans ma tête, déchirent chaque fibre de mon crâne. Je déglutit péniblement, rouvre les paupières et me dirige vers le comptoir. La lumière passe difficilement dans cette salle, alors que le soleil est dans le ciel, encore haut.
Une planche de bois vernie tient lieu de zinc. Le gérant, géant grassouillet, essuie une chope tout en pérorant avec un villageois, à l’embonpoint tout aussi prononcé. Je reste ainsi de longues minutes​, affalé sur le comptoir avant que le premier daigne me jeter un coup d’œil.

- De l’eau et du pain, je lui lance.

- Eh les gars, le gosse boit de l’eau ! hurle le type gras que j’ai interrompu dans ses palabres.

Les ricanements fusent​. Je dois d'abord décuver. Mais les clients du pub ne sont pas de cet avis.

- Une chope de blonde, abois-je lorsque le patron de l'établissement et sa panse dodue m'amènent la précédente commande.

Les railleries fusent de nouveau. Tous ont remarqué que j'ai déjà trop d'alcool dans le sang. Mais cela les importe peu, l’état de la proie n'intéresse pas le prédateur.
Je mords dans le pain, descends la bière d'un trait.

- Une autre.

Et le type de remplir ma chope. L’alcool trouve immédiatement le chemin de mon estomac martyrisé. La boisson finie, je dévore mon pain entamé, il faut absolument que je mange si je ne veux pas rechuter.

- C’est tout ? braille un rustre rougeâtre.

Il est assis au fond de la salle, entouré de ses camarades au bras velus. Je me dirige vers lui, ils me bousculent. Je me remémore la remarque enjouée de Rachel, je bois les Anglais et par la même le reste du monde - même lorsque mon corps est encore imbibé de blended scotch ?

- Si je bois plus que toi, tu payes ?

On m’empoigne, on me lance sur la table. J'atteris face à ce monstre puant. Mes côtes m’elancent, son haleine empeste.

- Si je bois plus que toi, tu payes ?
susurre t-il.

Et tous de s’esclaffer. Un des consommateurs commande six chopes, trois pour moi, trois pour mon rival. Elle sont englouties en un rien de temps, se remplissent aussi vite et sont aussitôt sont vidées. L’alcool nous monte bientôt à la tête, l’hilarité me gagne, la nervosité s’empare de lui.

Dans geste gauche mon désormais concurrent balaye la table, les pintes tombent, se brisent au sol. Sa tête tourne, s’écrase sur la table. Le public acclame son champion déchu, à grand renfort de claques de le dos il le réveille, lui font ingurgiter de force un bock de plus. Il sourit béat, puis pris de spasmes, vomi une gerbe immense. J’ai tout juste le temps de m'écarter mais tous n’ont pas le bon réflexe.
Un fou rire incontrôlable me plie en deux. Des coups pleuvent sur mon dos mais je suis insensible à la douleur. On parle mais je ne saisis pas le sens des phrases. Ma tête explose mais j’ai gagné. Je me lève, maladroit, m'appuie sur le bois de la table. J’avance un pied devant l'autre, vacillant. Je me dirige, titubant, vers les sanitaires, choie sur un évier. J’ouvre le robinet​, me lance de l’eau froide au visage, tente de me raisonner.
Ça va mieux.

J’ouvre la porte​ des toilettes, évacue l’alcool, passe ma tête sous le filet d’eau du robinet, me dirige vers la tablier du comptoir, m'agrippe au bois vernis ; je bois mon verre d’eau intact en une rasade, demande un autre quignon de pain que j’engloutis aussitôt servi, au frais du vaincu. Puis un fond de whisky, pourquoi ? Je ne sais pas, mais je le sirote encore​ quand un violent coup de poing m'atteint sous les poumons. Je recrache mon bourbon, m’écroule au sol, anesthésié par la gnôle. Une horrible sensation nauséeuse inonde mon corps, quand un violent coup de pied m’enfonce l'épaule. Mon esprit se détache doucement de l’emprise des spiritueux, j’entends le type au comptoir les sommant de me tabasser, mais dehors. On m’empoigne, me transporte à l’extérieur, me lance sur le sol. Je mange la poussière​ sens littéral, vomi mes viscères, au sens figuré. Un type sort un canif, la lame mord dans mon bras quand j’essaie de me relever. On m'attrape par la chemise, me lance au sol, découvrant mon torse.

Le soleil m’inonde de sa lumière diaphane, les oiseaux habillés de plumes colorées chantent de mille voix aux fines branches oisives des saules qui se balancent au rythme du vent, accompagnant le chant. Une douce brise caresse mon visage, picote ma peau, me souffle aux oreilles, s'engouffre dans mes cheveux. Une mouche luisante me survole, tourbillonne gracieusement au dessus de mon bras avant de se poser sur ma plaie sanguinolente. Mes agresseurs bedonnants observent, muets, mon nombril, intensément, ou plutôt fixent-ils mon absence de nombril.
Je n’ai pas de nombril.
Ce n’est pas que je sois né sans, mais lorsque j'étais petit, toute mes blessures guérissaient à une vitesse surnaturelle à tel point qu’en un jour la section de mon cordon ombilical avait cicatrisé. Mais ça ne s’est pas arrêté là, les chairs se sont rejointes, uniformes, la peau s’est lissé, jusqu’à faire disparaître la moindre trace de cicatrice. C’est ce que m'ont raconté maintes fois mes parents.
Je n’ai pas de nombril.
Mes parents n’ont pas jugé bon d’en informer un docteur, et durant toute mon enfance mes plaies guérissaient rapidement. Puis peu à peu mon corps à perdu cette faculté. Pas totalement, il m’en reste des résidus, mais rien de comparable avec ce que ça a été ; je guéris plus vite que la moyenne des gens et c'est peut-être la raison de ma résistance à l’alcool.
Je n’ai pas de nombril.

Combien de temps suis-je resté ainsi étendu ? Quelques secondes, ou bien des heures ? Je ne sais pas, toujours est-il que quelqu'un m’a subitement asséné son pied dans le ventre, pour faire bonne mesure. Un représentant de l'ordre se trouvant là, il l’a séparé de moi, a dispersé la foule. Il venait de brisé le sortilège qui maintenait le monde dans un état de transe paisible, et aussitôt les esprits se sont échauffés. On hurlait que j'étais un monstre, un voyou, un vaurien.  Un illuminé à proféré une tirade sans queue ni tête :

- Ce n’est pas un fils d'Adam ! Tout homme à un… un… un nombril, souvenir du lien qui l’unit à ses ancêtres Adam et Ève ! Lui descend de Lilith ! C’est un suppôt de Satan, mes frères ! C’est le mal incarné ! Il cache des cornes, il cache une queue, soyez en sûr ! N’a t-il pas ingurgité le fruit interdit dans le trou du… je n’ose pas associer le mot prêtre à ce monstre ! Combien de vin à t-il bu ? N’est-ce pas là le fruit défendu ? Allemand ! Diable !

J’aurai souri dans une autre situation. Clemmie plaisantait sur mon absence de nombril...

Les grattements assourdissants m’ont extrait de ma profonde torpeur, de mon sommeil de plomb. Un réveil étrange. La grotte grouille d’insectes, de rats. Est-ce réellement une grotte ?
La petite pièce paraît parfaitement polie, peu probable que ce soit là l'oeuvre de Dame Nature. L’obscurité m'empêche pourtant d’en être certain.
Les bruits montent en intensité, je distingue une porte, elle ploie sous les coups. Je me recroqueville, me colle contre le mur. Que se passe t-il donc ? Que me veut-on ?
Mon corps endolori me rappelle la brutalité des coups que j’ai reçu. Le souvenir de ce fou hurlant mon procès de suppôt du diable résonne à mon esprit. Quelqu’un voudrait il me tuer ?
Un lapement bruyant me fait sursauter, la faible source de lueur qui me faisait face disparaît. Il me semble soudain sentir cent serpents siffler dans l’air. Je me fais le plus petit possible. Les grattements reprennent de concert avec ces sons étranges, le vacarme devient assourdissant. Un bruit affreux de métal froissé m’attaque les tympans, de mystérieuses syllabes…
Un coup de feu résonne, dans l’air, dans les murs, dans mon crâne. Un coup de feu fait taire les autres bruits, un coup de feu fait naître le silence.
Combien de coups sont tirés ? Je ne sais pas, mais soudain pleuvent des bruits métalliques, comme si quelqu'un plantait des clous dans une​ boîte de conserve. Les balles traversent la porte, jusqu’ici elles se figeaient donc dans le corps de la chose derrière la porte. Je suis prit d’un frisson.
Les tirs s’arrêtent brièvement, avant de reprendre de plus belle. Ils sont éloignés cette fois, et n’atteignent pas ma cellule. C'est alors que je distingue un léger clapotis, comme si quelque chose était tombé à l'eau, puis plus rien. Un silence de mort. Je tremble, de froid, de peur. C’est alors qu’une mélodieuse voix aviaire, chantante, emplit l’espace.

- Approchez, jeune​ homme.

Le murmure me laisse pantois, il provient de la direction de la porte.

- Dépêchez vous, il s’agit d’une question de vie ou de mort.

Je m’approche de la poterne, une énorme entaille est faite dans le métal. La nuit est noire dehors, je ne  l’avais pas remarquée. Quel monstre était-ce donc pour entaillé ainsi une plaque de fer ?
Un visage m'observe, la femme me fait signe de la rejoindre. Elle a les traits tirés, semble on ne peut plus anxieuse. J’ai une seconde d'hésitation, puis je fais le pari de la suivre. Ce n’est certainement pas elle qui a causé tant de dégâts, ce ne peut être que ma sauveuse. Je me faufile par la blessure béante qui entaille la porte, et rejoint l'extérieur. L’air frais m’emplit les poumons, une brise me fait frémir. Je lance un regard à ce qui fut ma cellule, en je suis étonné de voire qu’il n’est pas solidaire à corps de la montagne’ C’est un cachot de béton épais, percé d’une unique croisée au dessus de la porte. J'ai dû perdre connaissance, on m’a jeté en prison. L’ivresse serait donc passible de séquestration, sur l'île de Cairnholm. A moins que ce soit la baston.
La femme me murmure de la suivre, elle remonte ses jupes et fuit à travers des bosquets sauvages. J’obéis, et tente tant bien que mal de la suivre dans cette obscurité palpable. J'entends les aboiements des chiens, les cris des hommes, le grondement des moteurs, le martèlement des bottes. A la suite de la mystérieuse inconnue je traverse buissons et tourbières, herbes hautes et passages boueux. Elle est entre deux âges, apparemment. Ses vêtements sont intégralement sombres, d’un noir de jais dans cette nuit noire. Un chignon parfaitement rond rassemble ses cheveux, à l’arrière de son crâne. Ses mains sont emmitouflée dans des gants en dentelle. Sa tenue soignée contraste tant avec le terrain à travers lequel elle me conduit que j’ai l'impression de vivre une illusion. Une dame soignée jusqu'à la couture de ses ourlets me fait fuir un cachot par des chemins qui n’en sont pas. J’hallucine, assurément.
Nous passons sous un cairn envahit par les herbes. Ce monument d’une autre ère, est composé de longues pierres disposées sur un monticule. L’ouverture est dissimulée, et fort étroite. À mesure que nous nous enfonçons dans ce tunnel​ symbiotique entre la main de l'homme sauvage et de la nature, les bruits de nos poursuivants se perdent dans la nuit. Ma mystérieuse guide arrête progressivement sa course. Elle lisse rapidement ses jupes, puis me tend la main.

- Miss Tit.

- Edward Brokenshield, je bafouille.

- Edward, je suis sincèrement enchantée. Vous ne risquez plus rien, mon enfant. Ô désespoir, je n’ai  malheureusement pas pu arriver à temps, je n’avais pas encore rejoint cet odieux cachot que le creux avait dévoré ce pauvre soldat, paix à son unique âme. Mais même dans les ténèbres, on doit trouver une petite lanterne pour nous éclairer, car en effet, il suffit d’un tout petit peu de lumière, mon enfant​, pour repousser un univers d’obscurité. Ce soldat a eu le temps de blesser le monstre mortellement, si bien que tous deux gisent au fond de l'océan à présent.Puisse cela ne nous jamais être donné à observer, même en cauchemar. Mais ne  vous inquiétez pas, Edward, ne craignez rien ! Que je sois empaillée s'il vous arrivait la moindre fâcheuse  occasion, excusez moi pour le langage. Soyez heureux d’apprendre que ni les Sépulcreux ni les narzis de herr Schickelgruber(5) ne peuvent vous poursuivre ici, enfant. Je vous souhaite le plus cordialement possible, et ce malgré les circonstances, tous mes vœux de bienvenue. Bienvenue Monsieur Brokenshield, bienvenue sur l’île de Cairnholm, bienvenue en ce trois septembre dix-neuf cent quarante, enfant particulier. Car vous n’avez pas de nombril, je me trompe ?


--------------

(1) " Cassio : Par la ciel ! Voilà une excellente chanson.
Iago : Je l'ai apprise en Angleterre, où vraiment les gens ne sont pas impotents comme les pots. Votre Danois, votre Allemand et votre Hollandais ventru - à boire holà ! - ne sont rien à côté de votre Anglais.
Cassio : Votre Anglais est-il donc si expert à boire ?
Iago : Oh ! Il vous boit avec facilité votre Danois ivre mort ; il peut sans suer renverser​votre Allemand ; et il a déjà fait vomir votre Hollandais, qu'il a encore un autre pot à remplir ! "
Shakespeare, Othello, acte II, scène III

(2) " De là part la voie qui mène aux ondes de l'Achéron du Tartare. [...] Un portier effrayant surveille ces eaux et ces fleuves, Charon, d'une saleté repoussante, au menton tout couvert de poils blancs et hirsutes, aux yeux fixes et ardents; un manteau sordide, retenu par un noeud, pend de ses épaules. À l'aide d'une perche, il pousse son radeau, manoeuvre les voiles, et transporte les corps dans sa barque couleur de rouille [...]. Toute une foule éparse près des rives se pressait à cet endroit [...]. C'est la foule misérable des morts sans sépulture; ce portier est Charon; ceux que transporte la rivière sont les inhumés. "
Virgile, Enéide, Chant VI

(3) " “ Vous, qui devez entrer, abandonnez l'espoir. “ Je vis ces mots, tracés d'une couleur obscure,
écrits sur le fronton d'une porte, et je dis :
« Maître, leur sens paraît terrible et difficile. » "
Dante Alighieri, La Divine Comédie, L'Enfer, Chant III

(4) " L’expression « Wot, no sugar ? », une allusion au rationnement, accompagnait souvent un petit personnage de graffiti nommé Mr Chad ou Kilroy, que l’on retrouvait dans les endroits les plus insolites, pendant la Seconde Guerre mondiale. "
Ransom Riggs, Miss Peregrine et les enfants particuliers
" Soul " signifie âme dans la langue de Shakespeare.

(5) " [...] la majorité des gens riaient quand ils l'entendaient appeler les nazis des " narzis ", Hitler " herr Schickelgruber", d'après le nom de sa grand-mère, ou Pétain " Peetayne. "
Boris Johnson, Winston, Comment un seul homme a fait l'histoire, à propos de Winston Churchill.

21.04.2017 / 07:27:00
Je me suis retrouvée ici via un lien de partenariat sur un fo’ que je ne connais absolument pas. Je suis âgé(e) de 3 ans et demi, 18 ans si on compte les années hors rp, et tu peux m'appeler The Psychopathe. Je trouve vraiment que ce forum est particulier. Mon avatar est Asa Butterfield.


Dernière édition par Edward Brokenshield le Dim 23 Avr - 13:26, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Edward Brokenshield [Terminée]   Ven 21 Avr - 9:07

Rebienvenue ~ Longue présentation dis-moi /pan/ Juste, tu as mis l'url de ton vava dans la mauvaise case, c'est pour ça que c'est trop petit, et il manque le nom de Asa sur la fiche o/ voilà voilà je te valide juste après x)

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MessageSujet: Re: Edward Brokenshield [Terminée]   Ven 21 Avr - 10:37

[Done]
Merci !

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MessageSujet: Re: Edward Brokenshield [Terminée]   Ven 21 Avr - 10:38

Je te valide, au plaisir de rp ~

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MessageSujet: Re: Edward Brokenshield [Terminée]   Ven 21 Avr - 13:39

Re bienvenue c:

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MessageSujet: Re: Edward Brokenshield [Terminée]   Ven 21 Avr - 19:32

Bienvenuuuuue

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MessageSujet: Re: Edward Brokenshield [Terminée]   Dim 23 Avr - 13:24

Merci de l'accueil !

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MessageSujet: Re: Edward Brokenshield [Terminée]   Lun 24 Avr - 21:33

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